47

Si, avant de s'éloigner du rivage, les ombres te le demandent, laisse-leur ta barque. Et ne bouge pas.
Jean Prod’hom
46

Mais qui donc se charge de l'éducation de celui qui n’a pas d’enfant ?
Jean Prod’hom
45

... mais peut-être aussi – et seulement ceci – l'assurance que les choses se sont bien passées ainsi, sans savoir exactement ni comment ni pourquoi, avec la certitude cependant qu'il ne pouvait en aller autrement, à la place près : toi à la mienne et moi à la tienne, ou qu'importe, tout autrement, mais avec l'espérance immobile que rien ne viendra interrompre la poussée du silence, pas même la mort.
Jean Prod’hom
44

Avec ou sans, pour ou contre, à côté, à notre insu ou à nos dépens, c'est ce à quoi le langage prépose chacun d'entre nous, en cadastrant la confusion sur laquelle il a fondu et en rendant toujours plus étrange le commencement qui recommence sans nous.
Jean Prod’hom
43

Si la phrase te file entre les doigts, c'est peut-être parce que que tu as ferré du gros. Mais ne te réjouis pas trop vite, il est peut-être trop gros pour toi.
Jean Prod’hom
41
Que nous acceptions de payer pour mieux comprendre qui nous sommes et d’où nous venons fait bien voir l’idée que notre société se fait de son avenir. Il faudrait exiger, à côté de la gratuité de la formation, la gratuité des musées.
Jean Prod’hom
40

Aller de l’avant, c’est le prix à payer, mais y parvenir au plus vite pour rejoindre au plus tôt le reste qui est presque tout et que rien ne saurait mettre au pas.
Jean Prod’hom
39

On reviendra demain, et on remontera la Corcelette, à l’ombre, jusqu’à la grande cascade. Et plus tard, juste avant d’avoir froid, pendant que tu joueras sur la place de jeux devant le collège avec Roxane et Louise, sous le soleil, j’irai chercher la voiture qu’on aura laissée près du pont sous le cimetière.

Jean Prod’hom
38

Pas de livre
ce matin
branle-bas devant la maison
les enfants mangent
des cerises à pleines mains
Jean Prod’hom
37
Disparaître à tout instant pour ne jamais avoir à rejoindre la foule des revenants.
- Mais que reste-t-il lorsqu’il n’y a plus rien?
- Ce qu’il y avait.
Jean Prod’hom
36

C’est souvent beaucoup plus tard qu’on ressent les effets du poison des paroles bues à grands traits. Seul antidote alors, d'autres paroles. Ou le silence, car la guérison est ailleurs, il est encore temps de tailler la pierre.
Jean Prod’hom
35

La vie sociale est un songe si ténu, si fragile – mais si bien confondu au sommeil de nos consciences – qu’il pourrait tourner au cauchemar sans que, du fond de notre nuit, on n’éprouve un seul instant le besoin de s’en aviser. On peut se consoler en se persuadant qu’en ces circonstances le cauchemar peut également devenir un songe. Ça c’est l’autre rêve.
Jean Prod’hom
34

Une des solides vertus de l’écriture fragmentaire quand elle se fait résolument brève, plus brève encore qu'elle ne le devrait, lorsqu'elle a soulevé le couvercle du ciel et qu'à la fin elle se tait, c’est de ne pas tenir en laisse son lecteur. A la condition toutefois de n’emprisonner en son sein ni énigme ni secret – ou pire qu'elle le feigne – et qu'elle n'use d’aucune de ces boucles qui font revenir le lecteur bienveillant au commencement par un da capo de convenance. C’est la force discrète de le chasser loin d'elle, comme quand le maître, assuré enfin que seule son absence libère l’élève, peint le vol d’une hirondelle dont la disparition accapare un instant celui qui dans son dos attend, avant de l’abandonner à un silence qui le condamne à prendre l’air et à pousser sa vie plus avant. Loin de moi pourtant la condamnation de l’autre scène, celle du mirage qui tient captif le lecteur, l’autre écriture sans laquelle nous serions tous occupés à tenter d’attraper l'inconnu qui se cache derrière le miroir.
Jean Prod’hom
33

Lorsque l'esprit, pour le faire taire, réduit le réel au raisonnable, ne résistent à son emprise que quelques récits fumeux et leurs ombres, qui rejoignent à la fin celle que laisse sur les bas-côtés du chemin notre volonté carnassière quand elle croit infléchir le cours des choses.
Jean Prod’hom
32

Regarde la rivière qui creuse et modèle le paysage. Imite-la, mais rappelle-toi que tu ne disposes pas de son temps. Utilise le tranchant du couteau.
Jean Prod’hom
31

Pour Isabelle Pariente-Butterlin
Elle se tient debout dans une cour d’école pleine de soleil, immobile comme Socrate dont elle se souvient, tel une pierre levée, l’oreille tendue sur le rien qui l’entoure. Il tient dans sa main ce qui a eu, ce qui peut ou pourrait, mais aussi ce qui aurait pu avoir lieu. La journée passe. Elle bouge à peine, elle donne une petite chance supplémentaire à ce qui aura lieu, Socrate s’incline et se retire. C’est ainsi parfois qu’elle va de l’avant.
Jean Prod’hom
30
On a appris que ça ne se faisait pas, que le vert des saules jurait avec celui des mélèzes, c’est tout de même très joli, parce que les saules et les mélèzes ne sont tout au plus que des riverains sans intention sur les bords d’un chemin désert qui leur apporte un peu de lumière. Je le vois bien, ils ne prêtent aucune attention à ce qui les entoure, ne font que durer, chacun pour soi, mais j’ai remarqué qu’ils le font sans en rajouter, et c’est pour cela qu’ils n’éprouvent ni le besoin de se rapprocher ni celui de se quitter.
A l’arrière des grappes de samares tiennent solidement aux branches des frênes, à la traîne de l’an passé. C’est ici comme partout ailleurs, toujours la même chose, mais on sait que ça ne se répète pas, on sait que ça dure, ça dure si bien qu’on on ne se plaint pas, qu’on soit en avance d’un pas ou en retard d’un an.
Jean Prod’hom
29

Quand donc les grandes surfaces proposeront-elles enfin des dispositifs capables d’étendre nos peaux de chagrin?
Je patiente, dit la vieille en brassant un jeu de 52 cartes, j’ai toujours su m’occuper.
Tenir à bonne distance ce qui nous tient éveillé.
Jean Prod’hom
28

Sommes trop à vouloir faire le beau temps, me retire.
Il y a des nuits où je dors comme un livre.

Les ruines sont les miettes d’un autre désastre.
Jean Prod’hom
27

Il a voulu le bien d’autrui, y a mis tout son enthousiasme et un solide acharnement, mais il s’avise aujourd’hui que ne pas vouloir son malheur eût amplement suffi.
Il soupçonne que d’autres eurent cette même idée. Mais lui c’est lui, et lui c’est moi. S’instille alors une folle ambition, celle de donner à cet épisode de conscience une expression plus profonde, plus précise et plus belle, plus légère et plus élégante que celle qu’en ont donnée ceux qui l’ont précédé. Il n’aperçoit pas immédiatement le malin qui grimace derrière lui, auquel il devra bientôt tenir tête avant que ne lui tombe sur le dos la cohorte des démons qui guettent sur le seuil.
Jean Prod’hom
25

S'extraire du fleuve qui nous emporte, tirer derrière soi une ou deux choses qui sont restées dans le filet du langage et, comme Héraclite, bricoler une image en usant des moyens mis à notre disposition par la tradition, avec des échéances, comme un artisan.
Ça y est. C’est fait. Ça y ressemble un peu.
Jean Prod’hom
24

Débiter le réel, dégrossir le complexe, trancher le protéiforme, dérouler l'insaisissable, mettre en ligne l’ensemble des fragments de gauche à droite et de haut en bas sur une portée aux innombrables lignes de fuite. Puis abouter les chutes, les dyslexier hors toute hiérarchie, quitte à les bredouiller, les bégayer; accueillir les sosies, libérer la page de la page, creuser des galeries, inviter les taupes, gauchir. Faire voir les conséquences, c’est-à-dire les feux d'artifice, c’est-à-dire les paysages insensés devant lesquels la page s'est embrasée.
Jean Prod’hom
23

Sache que lorsque tu t'enrichis, quelqu'un s'appauvrit là-bas. C'est tant pis pour toi.
Jean Prod’hom
22

Des moineaux déroulent dans la haie quelques mesures du chant du monde. Le papillon applaudit au-dessus du trèfle.
Jean Prod’hom
21

L’emprise des lieux qu’on aime sur les choses qui les entourent est telle qu’elle les empêche de fuir.
Jean Prod’hom
20

Tout autour des peines et des plaintes. Alors la vieille s'éloigne pour écouter celles du vent. Elle se souvient du corps de la baleine et du ventre des cathédrales. Faudra-t-il renoncer aux successions pour entendre enfin quelque chose aux choses ? être ailleurs, résolument ailleurs, ou l'avoir été?
Jean Prod’hom
19

Empêché pour des raisons historiques d’avoir comme son voisin un petit drapeau tricolore fiché dans le coeur, il avait placé dans un pot de grès une petite bannière rouge à croix blanche qui flottait et tournait au gré des vents, fixé été comme hiver aux fers de son balcon, et qu’il regardait songeur lorsqu’il lui semblait manquer de quelques chose.
Jean Prod’hom
18
C’est autour d’un axe invisible situé à l’angle de l’angle mort du jour que courent les aiguilles de nos heures. Elles balaient morceau par morceau les choses qui s’enfuient d’orient en occident avant que la nuit, la nuit, l’angle de l’angle mort du temps ne remonte la belle machine.
Jean Prod’hom
17
Comme ces chiens orphelins, solitaires, rêveurs, décidés, qui traversent jour et nuit le quartier qu’ils n’ont jamais quitté. Ils s’éloignent des hommes qui n’en ont cure sans jamais s’arrêter. Tout droit et en tous sens.
C’est qu’un vent de travers creuse leur flanc et les pousse contre d’autres récifs si n’était leur âme droite qui agit comme un safran en les orientant tout droit, en avant d’une mer sans île.
Ils courent, ils courent de travers en tendant simultanément une oreille du côté de ce ce qui ne cesse de les inquiéter, l’autre en direction de ce qui ne se présentera jamais. Toute une vie.
Jean Prod’hom
15
Il suffit que le soleil enflamme les gouttes d’eau qui perlent à l’extrémité des branches des mélèzes pour que les promesses rapiécées, les projets en mitaines, les arrière-pensées couleur de cendre, les soucis fausses-écharpes reculent. Et on remise tout, et on va sur les chemins. Le garçon se remet à sautiller, lance son diabolo, s’étonne lorsqu’il pince les fruits charnus des impatientes, et il recommence, sautille, lance, pince et on est heureux. Jusqu’à la prochaine averse de septembre qu’il verra jeter son filet dans le jardin, rêveur derrière la vitre muette de sa chambre.
Jean Prod’hom
14
Au milieu du verger, entouré de tout jeunes arbres, un vieux pommier soutenu par des étais de fortune, chargé et fatigué comme une femme enceinte seule à midi sur la place publique.
Jean Prod’hom
13
Il y a des jours qu'on voudrait ne pas avoir à entamer ou, puisqu'il est trop tard, hors desquels on voudrait sortir au plus vite, arriver au soir. Des jours sans bord, sans bout et sans forme, rongés par l'horloge, eau morte, des jours moites, noyés dans une haine et une chaleur lourdes et diffuses.
Alors on la passe comme une longue douleur qui va bien finir avec la venue du soir. On a beau gesticuler, aller et venir, le ciel n'est pas là, invectiver ou sourire, rien n'y fait. Aucune entreprise ne trouve son assise, les oiseaux se taisent, les nénuphars se cachent. On voit grossir les soucis nés de l'orgueil, à la presse de rien, à la presse de tout, capable seulement de vouloir en découdre avant d'en découdre, secoué par les chiffres d'oisifs calculs sans fin.
Seule la bienveillance de l'enfant qui a senti le vent mauvais se lever sauve la mise en allant chercher la brouette, il y met la terre fraîche arrachée à la terre et ainsi rétablit l'ordre universel.
Jean Prod’hom
12

On en a reçu la preuve définitive lorsqu'on regardait depuis le rivage de Beg-Meil la côte de l'Amérique: le ventre de la terre est rond, si rond que l'océan qui la baigne frotte au faux-plafond du ciel, exactement dans l'arrondi de l'horizon, un spectacle que le soleil enthousiaste suit chaque jour à l'occasion de sa sortie quotidienne.
On a ainsi l'explication des nuages, du vent, des vagues, des marées, et des vertus qui animent l'ensemble et ses parties.
Jean Prod’hom
11

L’individu était si triste si sombre que son ombre ne supporta plus sa compagnie, le laissa seul lâcha les amarres pour rejoindre la lumière.
Jean Prod’hom
10
S'il s'abandonne chaque jour au silence sans fond de la nuit, les mains vides, avec une confiance aveugle, comme autrefois le saint à celui de son martyre, il s'abandonne aussi parfois à la folie du jour, les mains ouvertes, et traverse les heures tête nue, comme l'enfant, comme le rêve traverse la nuit.
Jean Prod’hom
9
Ils étaient exactement treize hier après-midi, immobiles et silencieux, les avant-bras appuyés sur le rebord de la table, des plats à peine entamés, les verres à moitié vides, quelques morceaux de pain.
L'extraordinaire de la scène tenait non seulement à la mutité des convives mais encore à leur disposition, alignés sur un côté seulement de la longue table recouverte d'une nappe blanche.
Jean Prod’hom
8

Ils ont fauché l'herbe hier matin, sorti les pirouettes en fin d'après-midi pour tirer des lignes hésitantes et des marges flottantes. Le soir on a pu apercevoir des pages et des pages plus singulières les unes que les autres entre vergers et colza, elles ressemblaient à des morceaux d'océan, les têtes des pissenlits étincelaient sur les andins comme l'écume sur les crêtes des vagues.
Rien n'y sera écrit. Ce soir avant l'orage ils enrouleront dans la précipitation les lignes, et on tournera la page.
Jean Prod’hom
Ajourement

La vérité reposait plus profond que le fond de la fosse des fosses, là où il n'y avait rien. La pression y était immense, l'air irrespirable, la vie seulement possible, à peine quelques taches, quelques reliefs loin de l'ombre et de la lumière, l'autrefois des choses.
Les mots n'étaient pas encore formés de lettres ajourées aux courbes élégantes, mais d'un continuum de signes opaques et indistincts. Personne ne se souvient d'avoir écrit un jour cette nuit du sens. Les mots n'existent plus, à moins qu'ils n'aient jamais existé ou aient été oubliés. C'était ainsi au commencement et le langage avait la densité des montagnes.
Puis le soleil a fait trembler la terre, la plaque s'est fissurée en même temps que les espèces vivantes qui ne faisaient qu'un, la vérité qui reposait plus profond que le fond de la fosse des fosses s'est mise à migrer lentement vers l'air libre, l'homme et le langage sont nés de cette fracture, et les mots dont tu uses sont les pièces restantes de ce puzzle oublié, de ce continent éclaté et allégé.
Quelque chose s'est levé dans ce lieu inhospitalier, on a percé, foré au hasard, parfois parce qu'un rais de lumière emprisonné dans la matière déclinait une promesse, on s'y engouffrait, on façonnait les bords qui s'effritaient, plaçait des étais pour empêcher les choses qui étaient encore consubstantielles à l'homme de s'effondrer sur l'ouvrage dont il était issu.
Alléger, évider, arracher le noir dense du trop plein de la matière, éliminer encore, dans toutes les directions quelles qu'elles soient, pour que nous restions en suspension à bonne distance du fond de la fosse des fosses. N'est resté que ce qu'il fallait du lest d'autrefois, une ou deux choses se sont élevées, consistantes, et ont atteint l'air libre, d'autres les ont rejointes et planent avec les hommes entre ciel et terre.
Nous en sommes à mi-parcours, les choses font encore la part belle aux mots, et les mots aux choses. Mais les mailles du filet qu'ils tendent réussissent de moins en moins à les retenir. Les unes et les autres gagnent chaque jour davantage leur quant-à-soi, l'espace qui les sépare grandit, leur nombre diminue. Le monde s'allonge, s'élargit et se vide de sa substance.
Avons-nous par le langage et dans le langage trop creusé de galeries, de galeries de galeries? Le monde apparent feuilleté de vides et de pleins est aujourd'hui comme une mine abandonnée, mots coques, fils ténus, fragiles alvéoles.
Celui qui a pressenti que tout allait s'effondrer dans le gouffre creusé par notre insatiable désir de mieux respirer doit-il en terminer avec la taille des trop nombreuses pierres d'angles?
Autrefois il n'était guère possible de passer entre le cityse et l'érable, aujourd'hui une armée d'éléphants s'y faufile sans peine. Le peu de choses qui persévèrent se donnent pourtant encore la main, elles seront bientôt chacune un continent sans porte ni fenêtre comme les âmes pures que nous devenons.
La vérité légère a pris de la hauteur, s'éloigne au firmament dans le ciel bleu, dans le ciel vide, sur le dos des mots ailés.
Jean Prod’hom
7

Il aurait souhaité que ses phrases atteignent la fluidité d'un liquide à faible viscosité et à densité variable, celle de l'eau pure à 4 degrés et, ça et là, la densité du bitume. Il faudra attendre encore.
Jean Prod’hom
Miettes

Nos villages coulent et rejoignent en aval les villes qui les aspirent.
Ils sont encore en soi mais ils ne sont plus pour soi, villages pour personne, à peine des amers qui scandent le grand espace globalisé.
Chacun est tenu de demeurer en équilibre sur un étroit chemin situé à égale distance du ventre de la mère et du désir du père, un chemin creusé par des forces opposées à égale distance du passé et de l'avenir, centripètes et centrifuges, le long duquel il lui appartient de marcher comme un funambule. J'en connais trop qui ont joué l'un contre l'autre.
– Qui es-tu? demande l'égaré à l'homme décidé qui le regarde dans le miroir.
– Ton père et ta mère! Et toi, qui es-tu?
L'égaré scrute le visage de son vis-à-vis, ses yeux se plissent...
– Je suis celui qui s'éloigne de l'un et de l'autre et, ce faisant, s'en rapproche.
Jean Prod’hom
56

Le visage transparent et l'intelligence à fleur de peau il n'a pas de secret, il vit comme un ange qui traverse les nuées, sans l'ombre d'un vertige; il ne craint pas la profondeur des puits non plus, il y dort. C'est lui le secret.
Jean Prod’hom
Dimanche 22 février 2009

Bris orphelins, éclairs, cassures, je n’ai aucune ambition de recoller les morceaux. J'en observe soigneusement les bords et le motif pour ne pas succomber à la tentation d’en faire un picassiette. Je les maintiens distincts et éloignés, et vois apparaître les manques énigmatiques qui les séparent, nouveaux bris orphelins, éclairs et cassures.
Jean Prod’hom
Dimanche 1 février 2009

La mère remet à son enfant le langage dès sa naissance, d'un coup tout le langage. Elle lui offre ensuite jour après jour un bout de langue maternelle qui fond dans sa bouche comme une ostie et qui croît comme une mère de vinaigre.
Jean Prod’hom
3

Au comble de la nécessité, lorsque je prends conscience que nos pas suivent les ornières des chemins d’autrefois et qu’ils ne s’en éloignent pas, j’aperçois, allégé, là tout près, dans les landes mêlées de ronces, la bruyère qui s’incline au souffle de l’imprévu.
Jean Prod’hom
2

J'aurais souhaité ce matin que les reliquats de ma vie, dispersés dans ma mémoire comme les pierres sur un plateau d'un jeu de go, s'organisent et fassent pression pour retenir la machinerie qui terrasse l'avenir, et carillonnent comme les casseroles dans le sillage de la mariée.
Jean Prod’hom
1

Il faut se garder de l’homme et de l’ours polaire. Pour les avoir bien observés, je ne relève au bilan aucune différence essentielle entre le premier – face d’ange, blancs conseils, bienveillance d’apparat – et le second – tête de peluche et crocs aveugles: leurs destins se confondent.
L’homme deviendra-t-il le compagnon du dernier ours polaire qui pleure sur la banquise? le dernier locataire du zoo de Saint-Félicien? Ou l’ours polaire, dans le silence des glaces, sauvera-t-il l’homme de son aveuglement?
Jean Prod’hom
