Ligne du Tonkin

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Dans le dernier wagon
du dernier train
un récit

Jean Prod’hom

Méthode

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Une main lâche la rambarde
s’y accroche
l’autre balance

Jean Prod’hom

Cécité

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Il y a ce silence de quelqu’un qui est sur le point de parler.
Jean Grosjean, « Le silence » in : Si peu, Bayard, Paris 2001


(Difficile de faire un peu de lumière sur la cécité, il conviendrait peut-être de l’entendre à l’intérieur de nos mots et dans le silence qui les sépare, dans le vide qui donne vie à ce qu’ils désignent. On découvre soudain autre chose que ce que l’on croyait. Pénombre et nuit. Hésitation. Alors chacun cherche ses mots, lentement.)
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L'aînée se tient debout, à quelques pas de la cadette, assise, qui presse les paumes de ses mains sur ses yeux.
L’AÎNEE -
Il ne faut pas pleurer
Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58ne pleure pas.
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L'aînée regarde ailleurs, puis s’éloigne de quelques pas.
L’AÎNEE -
On croit comprendre,
on aurait voulu que les choses se passent autrement.

Mais les choses font ce qu’elles peuvent,
impossible de réparer ce qui a eu lieu.

Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58Alors on pleure.

On peut partager nos vies,
c’est déjà beaucoup.

J’aime la présence de Cisco,
la manière dont il écoute,
dresse l’oreille,
se tient
droit.

Je croyais qu’il habitait les profondeurs.
Voilà qu’il est devenu le miroir dans lequel se reflète le ciel.

Si tu savais ce que sa cécité m'a fait voir !
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La cadette, sans regarder l’aînée qui parle, a sorti la tête de ses mains
La CADETTE -
Qu’est-ce qu’il t’a fait voir ?
Et voir quoi ?
Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58quand on ne voit pas ?
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Toujours debout, mais plus loin.
L’AÎNEE -
C’est difficile à dire.

Il m’a fait entrevoir,
je crois,
ce que je ne voyais pas,
ou mal.

La nuit surtout,
l’autre nuit,
pas la nuit noire, celle que les enfants craignent.
Non, l’autre nuit,
la nuit claire,
celle qui nous tient éveillés
dans laquelle on a les yeux
grand ouverts.

Il m’a fait voir aussi jusqu’où pouvait aller la confiance,
celle qui l’habite m’émeut aux larmes.

Tu m’entends ?

Il existe une autre nuit,
une nuit qui nous ouvre au jour,
à un autre jour.

Il existe une autre lumière,
une lumière qui éclaire ceux qui ne voient pas.
une lumière qu’ils répandent.

Il y a un mystère,
m’en montrerai-je digne ?
Faire voir ce qu’ils ne voient pas et qu’ils m’ont fait voir.
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LA CADETTE -
Je ne comprends pas tout ce que tu dis,
mais j’aime la façon dont tu me parles,
ta voix dans la pénombre,
l’attention que tu me portes.

Ce que tu dis de la nuit aussi,
et du jour.

Je ne vois rien,
j’ai les paumes de mes mains sur les yeux,
mais j’entends.

J’entends
le silence
la confiance.
Alors tout devient soudain plus grand.

A la fin, on est bien obligé d’aller lentement,
n’est-ce pas?
Si on ne brusquait rien,
tout pourrait alors aller de soi.
Et on pourrait se croiser sans crier gare.

Faire les choses les unes après les autres,
lentement.
Lève,
baisse,
tourne.
Croquer une fraise, fermer les paupières, boire au goulot de la fontaine.

Tu m’entends ?
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L’AÎNEE -
Le moins de mots possible
pour éviter les confusions,
c’est ça.

Te souviens-tu le soleil qui était revenu ?

Le chemin derrière Bercher, le craquement des arbres.
La joie du papillon qui nous précédait.
Près du Moulin, la Mentue dans laquelle
on avait trempé nos pieds.
Le vrombissement de l’essaim d’abeilles.
L’odeur des fleurs de l’accacia.
Le cabanon où nous devions passer la nuit.
Les rires des petites.
La patience des chevaux.
La confiance qui nous habitait.
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Dis-moi !
Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58Est-ce que tout cela se voit ?

LA CADETTE -
Et nos habits détrempés par la rosée,
t’en souviens-tu ?

L’odeur du lait chaud.
Lucie qui n’arrivait pas à faire partir le feu.
Le vent dans les pétales des coquelicots.
Nos laines chauffées par le soleil.
Colin-maillard.
Le temps qu’on voulait retenir.
Les promesses qu’on s’était faites.
La nuit qu’on n’avait pas vu tomber.
Tu m’entends ?
Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58Est-ce que tout cela se voit ?
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L’AÎNEE -
Viens !
La cadette se tourne en direction de l’aînée.
Capture d’écran 2014-04-18 à 14.51.58Tu m'entends ?
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La cadette la rejoint au pas, genou haut. Comme un cheval. Elle tourne à gauche, tourne à droite, tête en-haut, tête en-bas, lentement. Elle continue jusqu’à ce que la nuit tombe.
LA CADETTE -
Dis-moi encore ce qu’on ne voit pas.
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Il fait nuit.
L’AÎNEE -
Il y a le jour avant qu’il ne se lève,
la confiance,
il y a la nuit avant qu’elle ne tombe.
Il y a ce silence de quelqu’un qui est sur le point de parler.
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LA CADETTE -
Encore.

Silence

Jean Prod’hom

Loi des aires

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En équilibre
centrifuge et centripète
le milan royal les saules aussi

Jean Prod’hom

Contingence

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Le nouveau-né
crie
jackpot ou misère

Jean Prod’hom

Dans un verre

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Dans un verre
toute la mer
sans le sel

Jean Prod’hom

Perdu le nord

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Impossible
de retrouver le fil
les hirondelles sont de retour

Jean Prod’hom

Jacques Drillon

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La poésie qui se proclamant comme genre littéraire
s’est affranchie des signes de ponctuation
souffre plus du manque de virgules que de l’absence de points

Jean Prod’hom

Appréhension

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Tu doutes de la solidité de la terre
crains le feu qui couve
ferme le poulailler et allons boire un thé

Jean Prod’hom

Il y a mieux à faire

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Les salariés de l’enseignement obligatoire
colportent on le savait les vérités d’avant-hier
avec l'assurance des scientologues c’est nouveau

Jean Prod’hom

Jeu

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A l’intérieur de soi
une partie à deux
l’un est seul l’autre est foule

Jean Prod’hom

Antienne

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Coups d’archet sur les mousquetons de la balançoire
trilles liquides dans le tremble
un enfant et un merle aux deux bouts du pré

Jean Prod’hom

Weltanschauungen

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Je l'appelle l’Escargotière
tu l'appelles le village des Italiens
autres rêves

Jean Prod’hom

Prévenant

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L’enfant du pays a placé des bancs
sur tout le territoire de la commune
et bien au-delà encore

Jean Prod’hom

Clôture

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Un suaire tient
le monde et nos visages
à l’abri des hommes

Jean Prod’hom

Bande à part

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Dormir en plein jour
parfois
sans demander son reste

Jean Prod’hom

Travaux de printemps

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Le ciel a repoussé l'horizon
les bûcherons ont éclairci les bois
reste encore à brûler mes propres dépouilles

Jean Prod’hom

Inconcevable

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Inconcevable
la disparition à soi-même
ce qui fait vivre le vivant

Jean Prod’hom

Le petit peuple des oiseaux

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Le petit peuple des oiseaux
fixe les limites du jour
pas un mot sur la nuit laissée au cri du seul hibou

Jean Prod’hom

En Rachigny

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Poussés de l’arrière
tendus vers l’avant
l’oubli et la mémoire au pas d’amble

Jean Prod’hom