Il ne faudra pas s'étonner, disait Deligny

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Quand la mer sera morte
la mer océane
et le silence tant embruité
qu'Image aura disparu
à tout jamais
restera l'homme arrivé à ses fins

Fernand Deligny, A propos d’un film à faire (1989)

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Le langage étant ce qu’il est, il faut bien qu’il parle de quelque chose, disait Fernand Deligny à Renaud Victor en 1989. Pensez donc, s’il ne parlait que de lui… il le fait d’ailleurs largement. Mais que le langage soit tout, ça paraît quand même beaucoup.
Tout n’est pas langage, tout c’est trop. C’est de notre devoir, un devoir éthique, disait-il, de donner de la tête contre les bornes du langage, sachant qu’il retient dans ses nébuleuses un secret qui le porte mais qu’il ne percera pas. Lorsque celui-ci frôle de la plume l’eau sur laquelle le radeau de l’enfant autiste s’éloigne, le langage doit renoncer à ses ambitions de tout vouloir dire et céder la main à l’image au sens où celle-ci ne dit rien, et le faire de telle façon que personne ne lui fasse dire n’importe quoi, image précaire, précaire au point d’être inconcevable, la faire tout de même comme un castor ferait sa digue, là où elle est, là où il est, quelque part, et donner à voir ensemble les coïncidences qui constituent hors le langage ce qui nous reste.

Jean Prod’hom