Aucun poème ne fera entendre

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Aucun poème ne fera entendre
le champignon sortir de terre.
Ni l’hermine ni la taupe.

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Jean Prod’hom

Rêve qui le restera

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Le ruisseau ne cesse d’accourir à l’énigme qu’il pose.
Jean-Loup Trassard

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Rêve qui le restera, celui de vivre et de mourir à quelques encablures d'un ruisseau, peu après ses sources, imprévisibles, lorsqu’il les rassemble, indécises, bien décidé à creuser son propre lit. Timide, on l'entendrait à ses vocalises, lointaines, à ses gargarises profondes. Je nettoierais ses rives en décembre. Oh ! à peine, des bouts, ici ou là, bouts des bois et du pré qui le borderaient.
Ce ruisseau existe, en-bas le Renolier, j’y étais ce matin. Un chemin le franchit sur ce qu'on n’ose appeler un pont, simple tuyau de béton d’une trentaine de centimètres de diamètre et de cinq mètres de long, recouvert de terre et d’herbe. Le ruisseau n’a pas encore de nom, il arrive d’en haut, vif et d'argent, saute, fait des caprices. Les ficaires et les primevères se penchent sur ses rives, avec le ciel sur la tête ; bientôt les hêtres et les aulnes feront leurs feuilles, les sureaux et les noisetiers déplieront les leurs, elles prendront le dessus et le couvriront d’une dentelle trouée d’ombres et de lumières.
Les eaux serrent les coudes lorsqu’elles s’approchent de la voûte de béton, deviennent tout à coup sages, se disciplinent même pour finalement baisser la tête juste avant de pénétrer dans l’obscurité ; elles en ressortent serrées les unes contre les autres, la bouche ouverte, elles ne font qu’une lorsqu’elles se lancent dans le vide, les yeux fermés, comme l'enfant du haut du plongeoir. Elles tombent dans le petit lac qui s’est creusé avec le temps, se défont en respirant profondément ; elles occupent bientôt toute l’étendue de son miroir ; elles se donnent encore un peu de temps pour retrouver leurs esprits et se rapprocher à nouveau. C’est un go aux rives amples, silencieux, qu’entourent un sapin blanc et des sorbiers nains.
Elles semblent peu décidées à reprendre leur voyage, elles paressent, rêvassent, hésitent ; en témoigne l’ivraie qui remonte à contre-courant, et qu’elles suivent, discrètement, en roulant le long des rives. En regardant bien, on s’aperçoit qu’elles reviennent sur leurs pas, de chaque côté du go, prêtes à réitérer l’expérience, le plongeon qui, après les avoir effrayées, les a ravies.
Elles s’attardent près de la cascade, mais les éclaboussures finissent par les faire renoncer, elles se tournent alors d’un coup vers l’aval, bouillonnent avant de rejoindre à la hâte celles qui ont pris les devant. Aucun reproche de celles-ci à cause de ce contre-temps ; ensemble elles reprennent la route, pas effrayées le moins du monde par l'inconnu qui se présente ; elles s’y précipitent les yeux grands ouverts, comme si elles étaient averties, en temps réel, par les eaux qui les précédaient qu’il n’y avait rien à craindre.
Ça dépendrait des jours, du temps et de mes états d’âme, je n’aurais que quelques pas à faire pour me nourrir des rires et de la lumière qui accompagnent les eaux en amont du petit pont. Ou m'asseoir en aval sur les berges du petit lac pour consolider ce désir qui nous étreint de prolonger nos vies, sans répéter ce qui nous a éblouis, jusqu’à leur delta.
Ce ruisseau existe, anonyme, en-bas le Renolier, dans le vallon qui sépare l'ancienne déchèterie et Pra Massin. A Corcelles-le-Jorat.

Jean Prod’hom

Grandes explications d’avril

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Grandes explications d’avril, les feuilles se débarrassent de leur étui, on entend les chevreuils croquer la bourre des jeunes foyards, les bourgeons fleurissent comme des artichauts, les fougères sortent du four.
Temps des déplis et des mariages, les fruits viendront plus tard, dans les hautes herbes, plus tard sous le chapiteau de mai.

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Jean Prod’hom

La mutité des haies

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La mutité des haies,
les talus,
la mémoire des chemins creux.

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Inventaire lausannois | Yves Yersin | 1981

Jean Prod’hom

C’est une impression

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C’est une impression, j’entends des voix, je n’y puis rien ; nos établissements de formation ressemblent toujours davantage à des associations de malfaiteurs chargés de faire tenir la baraque, qu’importe le prix et les sacrifices. Insaisissables comme les pieuvres, comme la bêtise, je le dis, c’est mon devoir, mes réserves. J’avertis de dedans, depuis 30 ans, colère, argumente, invente, propose, vitupère.

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Les chiens aboient, mordent, rabattent le sens dans le caniveau des eaux usées, tandis que nos enfants allument les langues de bois. Vous comprenez ? Nos gamins ne sont ni brebis ni porte-greffe.
Je ne peux m’empêcher de penser au jour où un inconnu déposera plainte, au prétexte que nos institutions de formation mettent en danger certains de ceux qu’elle prétend émanciper. J’irai en prison, vous m’apporterez des oranges.
Aucun refuge, inutile de pousser nos enfants vers le grec, la cuisine ou le latin, la théologie ou la photo argentique, aucun n’est plus à l’abri.
Ce soir, je pleure ; j’entends pourtant, dans la débâcle, la voix de nos gamins qui disent, se taisent, pensent, vont, jouent, crient, lisent. A tort et à travers. Ceci n’est que littérature.

Jean Prod’hom

Tourne tourne

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Tourne tourne,
c’est dans la nuit que
le soleil se lève.

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Jean Prod’hom

Vivre un peu coupables

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Ce qu’il gagne, un autre le perd. Si bien qu’en acceptant le legs de ceux qui l’ont précédé, l’homme est amené à faire une petite place à la culpabilité. Difficile de se débarrasser de cette invisible pièce du droit successoral, tant mieux.

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Car si elle recèle l'inconvénient de disqualifier certains événements de nos vies, de faire tousser et de nous condamner à réparer l’irréparable, elle a l’incontestable privilège de nous laisser entendre qu'il aurait pu en aller autrement, de doubler notre existence et de mettre à notre disposition une autre rive, d’où interroger et resserrer la succession de nos jours.
Elle pourrait, à certaines conditions, enrayer la marche triomphale de la machine libérale, suspendre le pas de l'oie au rythme duquel se met en place, à ciel découvert, un système concentrationnaire en stabulation libre, sur le pont d’un vaisseau à la dérive, sans nom, sans armateur déclaré, ni capitaine ni pilote.
A défaut d’une double vue, il nous reste à penduler entre innocence et culpabilité, à vivre un peu coupables. Redevenir responsables de nos actes, là où on travaille ; renouer avec le bon sens, là où on agit ; désobéir, un peu naïvement, à ce qui nous éloigne de cet Eden dont nous avons été chassés il y a très longtemps, et dont le progrès chanté par les Lumières aurait dû nous rapprocher.

Jean Prod’hom

Ne pas user de l'épée

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Ne pas user de l'épée, ni dedans ni dehors.
Démêler la pelote, se garder d’être pris dans ses mailles.
Suivre le filon, à tâtons, sans être avalé par la nuit.
Jusqu’au seuil et l’aube.

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Jean Prod’hom

La Ficelle

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Ne sont belles que les aventures qui durent ! j’ai eu la chance d’en voir naître une il y a quelques jours ; les initiatrices font une jolie équipe, elles sont jeunes, pleines de talents ; elles ont su aussi s’entourer d’amis et de gens de métier.

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Elles voudraient, je crois, rendre à Lausanne un peu de ce que cette ville leur a offert et leur offre encore, en partageant avec ses habitants et ses hôtes de passage leurs coups de coeur, quelques-uns des morceaux de son histoire, son actualité. Elles ont demandé aussi à des chroniqueurs, des illustrateurs, des journalistes et des écrivains de participer à la fête.
La Ficelle, c’est un média moderne au graphisme élégant, papier et internet. La revue est diffusée gratuitement dans différents endroits, vous allez la croiser ces prochaines semaines, faites-lui un bel accueil. On peut aussi, pour ne pas perdre le fil, s’abonner ; il suffit d’aller sur le site.
Le premier numéro, sorti des Presses Centrales, a été présenté le vendredi 22 avril dans l’atelier que les deux rédactrices occupent à l’avenue de Morges avec des céramistes, des architectes, des bijoutiers et un écrivain – un peu seul au milieu de cette petite ruche d’artistes et d’artisans. Ils étaient là le jour du lancement, ils ont donné l’impression d’avoir tous mis la main à la pâte.
Je ne connaissais pas les instigatrices de cette aventure il y a quelques semaines, j’ai eu l’honneur d’être invité à faire avec elles les premiers pas. Ça a été un réel bonheur de me replonger dans la ville de mon enfance, autour d’une réalité qui colle à ses basques et qui nous a éduqués : ses pentes. Les pentes ? C’était le thème de la première livraison.
Les deux rédactrices en chef ont beaucoup d’autres idées ; elles m’ont soufflé que le second numéro tournerait autour du lac. Toute l’équipe se réjouit, de nouveaux collaborateurs ont même promis de rejoindre ceux de la première heure. En attendant et pour les aider, les deux jeunes rédactrices le méritent, chacune et chacun peut soutenir leur projet sur wemakeit, c'est par ici.
N’hésitez pas, seules les aventures qui durent ont un avenir !

Jean Prod’hom



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Lancement de La Ficelle à L-Imprimerie (22 avril 2016)

Mon amour pour les arrosoirs

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Mon amour pour les arrosoirs, né il y a cinq ou six ans, s’est affiné à l'époque des vases communicants ; plus précisément à l’occasion de l’échange de 2013, qui m'a conduit à héberger François Bon et à déposer mes bagages chez lui : on y évoquait chacun de notre côté les morts, il y a bien fallu les arroser.

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J’ai arpenté le canton de Vaud, ses cimetières, plus tard les jardins ouvriers qui leur ressemblent et qui accueillent, comme eux, le petit peuple des chantepleures. J'en ai ramené des photographies. Quelques-unes se retrouvent aujourd’hui dans un ouvrage que signe Dominique de Rivaz, qui m’a invité, il y a quelques mois, à en rédiger la postface. C’est fait, le livre est terminé. On a fêté l'événement ce matin, avec Anne-Hélène et Stéphane, c’est un beau livre d'images.
Mon plaisir a redoublé lorsque j'ai appris que Vincent von Wroblewsky s’est chargé, pour la version allemande, de la traduction des textes. Savoir que cet éminent philosophe, docteur, ancien collaborateur de l'Académie des sciences de la RDA, traducteur et commentateur de l’oeuvre de Jean-Paul Sartre, s’est penché le plus sérieusement du monde sur ces objets et les songeries qu’ils ont déclenchées, me réconcilie avec un philosophe que j'aurai, tout au long de ma formation, gardé à distance, pour des raisons bien légères, celles que nous nous inventons pour ne pas nous rendre captifs, une nouvelle fois, des réflexions brillantes de ceux qui voudraient nous aider à recouvrer la liberté.
C'est donc par la bande que je retrouve Jean-Paul Sartre, par la grâce de cet art majeur qu'est la traduction et la générosité de ceux qui se sont exilés de leur langue maternelle pour mieux la saisir.

Jean Prod’hom


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Le petit peuple des chantepleures
Dominique de Rivaz
Les éditions NOIR sur BLANC
Coédition Till Schaap
2016

Tu pleures les morts

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Tu pleures les morts,
fais entendre qu’ils t’ont accompagné.
Te reste donc à continuer seul. Avec les vivants.

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Les meilleures idées sont à l'origine des prisons les plus hermétiques. Leurs auteurs gesticulent, étendent leur empire et l'or qu'ils croyaient tenir dans le creux de leurs mains se transforme en poix collante, dont le collectif ne parviendra à se débarrasser que lorsque les épigones, gardiens et défenseurs seront sous terre.

Jean Prod’hom

Le bavardage entérine les usages

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Le bavardage entérine les usages ; avec eux – et lui – les croyances. Il équilibre les consciences, pacifie les humeurs, arase les passions, étête, râle, racle, bine ; son importance est considérable.
Mais il ne serait rien sans les taupes qui le minent, lui donnent air et couleur, vif et jeu. Sans elles nul avenir ni faille, ni clair-obscur, mémoire, roses et taupinières par où le désir va et vient, va, et vient.

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Jean Prod’hom

Pris dans le calcaire de Hauterive

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Pris dans le calcaire de Hauterive,
brûlé par la chaux vive,
avalé par les circonstances.

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Jean Prod’hom

Les mots nous obligent au détour

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Les mots nous obligent au détour.
Mais les mélodies qu'ils font naître ont le goût parfois,
et le grain, des fraises qui rosissent nos nuits.

Jean Prod’hom

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Yves Zbinden

Corps

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Corps, langage,
l’un et l’autre s’ouvrent et se ferment,
comme des huîtres.

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Jean Prod’hom

Ce que tu n’espérais plus

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Ce que tu n’espérais plus,
confondus,
sujet, objet et circonstances.

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Jean Prod’hom

L’intellectuel

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L’intellectuel s’est longtemps fondé, pour penser, sur son ignorance et l’existence d’autres mondes possibles ; ces deux utopies lui garantissaient une liberté de ton et le tenaient éloigné des lieux du pouvoir. Ces deux utopies ont été mises au diapason et réintégrées dans les tentacules du même. Quelque chose s’est rétréci, l’intellectuel semble condamné désormais à lancer, de l'intérieur, des alertes. Avec dehors, en réserve, ses dernières cartouches : les bois et les bêtes, le lac, les enfants. Et une autre idée de la liberté.

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Jean Prod’hom

Reprendre l’examen

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Reprendre l’examen
comme au premier jour,
sans songer, de ce côté-ci, à en voir la fin.

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Jean Prod’hom

Un jour les hirondelles

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Un jour les hirondelles,
une nuit les chauves-souris
ne reviendront plus.

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Jean Prod’hom

Passez !

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Passez !
Circulez !
il n'y a rien à voir.

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Jean Prod’hom